Jusqu'au sang ou presque
Empruntant la structure typique des contes qu'on nous racontait enfants, ce spectacle déjanté dédié aux adolescents, raconte l'histoire de Mathias, 16 ans, qui nous présente son affreuse belle-mère Adèle; une femme qui n’a pas d’enfants et préfère s’approprier ceux des autres. En s’appuyant sur les témoignages de deux autres jeunes de trois et onze ans (le Petit et la Grande), Mathias démontre que cette femme, tout comme les méchantes belles-mères des contes de fée, a une propension à s’introduire dans les familles, voler des pères, empoisonner la vie de nombreux enfants et traumatiser ceux-ci avec ses comportements particulièrement étranges durant la nuit. Mais plus Mathias expose au public les raisons que les jeunes ont de craindre et rejeter Adèle, plus celle-ci devient attachante.

Dans cette histoire où chacun démonise l'autre, qui a raison de rejeter l'autre? Qui est le plus monstrueux? Qui est de mauvaise foi et qui est le plus terrifiant? Pour raconter cette histoire où les préjugés sont tenaces, les premières impressions si importantes, où les apparences sont parfois trompeuses, où les personnages sont coincés dans certains cadres familiaux et où les photos de famille sont malmenées, modifiées et recomposées, le I.N.K. s’est créé un véritable terrain de jeu physique et scénographique à partir d'une multitude de cadres et de miroirs suspendus dans le vide. Un lieu étrange où les cadres sont utilisés de manière inventive et inhabituelle, où les miroirs dédoublent les reflets et les personnalités, où la belle-mère est tantôt un monstre assoiffé de sang, tantôt une sorcière qui fait bouger des objets sans les toucher, un lieu où peut se déployer ce conte de fée débraillé oscillant entre le cabaret de curiosité et le paranormal de série B. C'est ainsi qu'après s'être livré une bataille sans merci dans cette arène au plancher rouge sang et aux cadres suspendus au-dessus de leur tête comme des épées de Damoclès, Adèle et Mathias trouveront un terrain d'entente, un endroit où chacun peut cohabiter avec l'autre tout en faisant taire les monstres qu'ils ne sont pas au final. Cette pièce aborde des thèmes comme le combat intérieur d'un jeune entre la haine obligée et le développement d'une complicité (voire une amitié) avec sa belle-mère, les profonds malaises et compromis que l'intrusion d'un(e) étranger(ère) peut provoquer dans une famille, les préjugés tenaces entretenus par les enfants sur les belles-mères et vice versa, le sentiment chez plusieurs enfants d'être emprisonnés dans des règles de vie qu'ils n'ont pas choisies puisque imposées par une personne extérieure à la famille et, finalement, la pression de faire bonne impression et de sauver les apparences en souriant même quand ça ne va pas.

CRITIQUE DU DEVOIR (Marie Fradette) : «Jusqu'au sang ou presque revoit de façon percutante le mythe de la belle-mère. [...] Ponctué de clins d’oeil aux contes traditionnels, le mythe de la belle-mère se mêle avec finesse à la réalité très contemporaine de vivre dans une famille reconstituée. Grâce à l’angle singulier choisi, le texte de Ranger nous happe par la force du propos. [...] Les réactions nombreuses et spontanées des jeunes dans la salle en témoignaient.»

CRITIQUE DE MONTHEATRE.QC.CA (Daphné Bathalon) : «Jusqu’au sang ou presque charme par son habileté à déjouer les perceptions tout en abordant de front la question des familles éclatées puis reconstituées. [...] La tension sous-jacente dans les dialogues se glisse dans le moindre geste des personnages, rendant le récit captivant. [...] Ce petit conte cruel fait maison provoque quelques délicieux frissons, surtout en deuxième partie, lorsque l’étau se resserre autour des deux adversaires. [...] La production du Théâtre I.N.K Jusqu’au sang ou presque manie à merveille le ton inquiétant du conte d’horreur. Dans la peau de l’adolescent, le jeune Xavier Malo déploie une énergie contagieuse, un concentré de détresse, de colère et de révolte. »

COMMENTAIRES DE DEUX PROFESSEURS :
SANDRINE CLOUTIER, enseignante en art dramatique à l'École secondaire Georges-Vanier (Montréal)
«Voici un choix audacieux serti de trouvailles surprenantes. La mise en scène est inventive, fondée sur un langage symbolique où les personnages cherchent leur place dans la photo de famille. La production ose s’adresser à la sensibilité des jeunes en faisant appel à leur intelligence. Elle offre des réponses sans les souligner. Singulière production adressée aux adolescents «à voir avec la blonde de ton père»!

MARILYN GUILBAULT, enseignante en art dramatique à l'École Lavoie (Montréal)
«Jusqu’au sang ou presque ne laisse personne indifférent. Cette pièce nous plonge dans une ambiance inquiétante, excitante, nous faisant constamment voyager entre le rire et les frissons. Des dialogues poignants à la mise en scène très physique, mes élèves se sont sentis interpelés par le sujet et la façon originale dont il est traité. Je n’ai jamais vu une appréciation positive aussi unanime. Ils ont vraiment vécu un bon moment et plusieurs ont dit que c’était leur meilleure expérience théâtrale jusqu’à maintenant, car tout était réuni (éclairage parfois sombre et parfois saisissant, musique et son jouant un grand rôle, suspens, dynamisme des acteurs, etc.) pour les captiver du début à la fin.»

Jusqu'au sang ou presque

  • Théâtre I.N.K. 
  • Clientèle : Jeunesse 
  • Discipline : Jeunesse 
  • Duree : 1 h 05 
  • Personnes sur scène : 2 
  • Groupe d'âge ciblé : 12 ans et + 
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